La réforme de la retraite des fonctionnaires permettra d'économiser 4 milliards d'euros en 2018 selon les calculs du gouvernement. Pour y parvenir, le taux de cotisation des agents de la Fonction publique passera ainsi progressivement de 7,85 à 10,55%, soit une journée de salaire par mois en moins. L'alignement sera étalé sur dix ans, soit une hausse de 0,27% par an. Dans l'ensemble, l'atteinte au pouvoir d'achat des fonctionnaires est donc "très modérée" selon Eric Woerth. C'est sans compter sur la suppression annoncée du départ anticipé pour les fonctionnaires parents de trois enfants et de l'attribution du minimum garanti sous conditions d'avoir tous les trimestres de cotisation. De toute évidence, la nouvelle mesure gouvernementale sonne le glas des privilèges accordés aux salariés du public. Mais dans la rigueur ambiante, le secteur public s’en sort plutôt bien. Contrairement aux craintes des syndicats, il n’y aura ni gel, ni baisse des salaires.
Économie ou baisse de la croissance ?
L’impact économique de la mesure est évident. Faut-il encore s’interroger sur les attitudes de consommation qu’adapteront les fonctionnaires d’ici 2018. Avec une journée de salaire par mois amputée, il est évident qu’ils vont supprimer certaines dépenses et revoir la liste des courses. Si les salaires des fonctionnaires sont dans l’ensemble plus élevés que ceux du secteur privé, surtout en début de carrière, ils ont une marge d’augmentation beaucoup moins importante. Un professeur des écoles (catégorie A) gagne à 40 ans 2160 euros par mois environ contre 3338 euros en moyenne pour un cadre du même âge. Force est de constater que le panier mensuel est sensiblement différent avec un tel écart de rémunération. Aussi, la croissance des ménages va sensiblement ralentir : en 2010 un consommateur sur cinq est un agent public en France.
Travailler plus pour gagner moins
Entre 2000 et 2005, le pouvoir d’achat des fonctionnaires à baissé de 0,1% selon les chiffres de l’INSEE. Il est à prévoir qu’il baissera de manière d’autant plus brutale d’ici 2018. L’inflation, maintenue par la crise, contribue à réduire encore la marge des manœuvres des agents publics. Mais, sont-ils en réalité si mal payés ? Pas si sûr. Selon l’INSEE, en début de carrière, ils gagnent déjà 19173 euros annuels toutes catégories confondues contre 16897 euros annuels dans le secteur privé. De 30 à 39 ans, leur rémunération est de 23237 euros contre 22 279 euros pour le privé. De 40 à 49 ans, l’écart est tout aussi léger : 26 327 euros contre 25 307. De 50 à 59 ans, ils gagnent toujours plus que dans le privé soit 30 425 euros contre 27 597. C’est à 60 ans seulement que le privé rattrape son retard avec 39 478 euros annuels contre 38 297 euros pour les fonctionnaires. Dans l’ensemble, la rémunération de la fonction publique est de 26 182 euros du début à la fin de carrière versus 23 261 euros pour les travailleurs du privé. Le seul gros écart est avec les cadres : mieux rémunérés et bénéficiaires des systèmes de stock-options et autres retraites chapeau. Cependant, il ne s’agit pas de chercher le bouc émissaire, mais de trouver une équité pour reboucher les trous. “Ce qui motive la réforme, c'est la gravité de la situation, pas la volonté de se “payer” les fonctionnaires, expliquait récemment le secrétaire d'État à la Fonction publique Georges Tron. Nous serons très attentifs à l'expliquer et à éviter les caricatures qui viennent souvent d'une méconnaissance des sujets”.


